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Les tonneaux du Moyen Âge

Publié le : 21/08/2020 09:59:09
Catégories : Paroles d'Experts

les cerclages sont tombés

Le travail de recherche de Perrine Mane portant en partie sur la tonnellerie et les tonneliers au Moyen-Âge, il était évident pour moi de la contacter pour mes questions existentielles concernant les reproductions historiques. Rapidement devenue notre experte-référente, elle nous fait l'honneur de commencer cette nouvelle série d'articles. Retrouvez à la suite de son texte quelques annotations qui nous ont semblé nécessaires.



"De mauvais vaisseau ne sortira jamais bon boire  "


Un texte original de Perrine Mane

Directrice de recherche CNRS - Responsable du Groupe d'Archéologie Médiévale

Les tonneaux, de formes et de contenances diverses, sont toujours constitués de douves en bois, assemblées autour des deux fonds qui les ferment. L’usage et les textes du Moyen Âge indiquent que les meilleurs tonneaux sont en chêne ou en châtaignier. Mais le prix élevé de ces bois, joint à la très forte demande induite par l'économie viticole, conduisait à utiliser des essences moins nobles, tels le sapin, le mélèze ou encore le saule.
Quatorze ou seize douves assez larges composent d’ordinaire le corps du tonneau. Si aux XIIe et XIIIe siècles, les vaisseaux ne sont jamais très bombés, du moins dans les représentations figurées, par la suite le bouge de plusieurs vaisseaux est nettement plus marqué, ce qui présente plusieurs avantages : le tonneau est alors plus facile à rouler, car il porte moins ; il est aussi plus résistant et améliore la conservation des vins en retenant moins d’air entre la surface du liquide et la paroi interne.
Dans plusieurs tonneaux, le fond est maintenu en place grâce à une barre *1. Cette dernière a une largeur d’une dizaine de centimètres pour une longueur égale au diamètre intérieur de la base du fût. Cette barre a pour but de renforcer le fond et de l’empêcher d’éclater sous la pression du liquide, sans compter l’intérêt décoratif qu’elle peut représenter. Pour placer perpendiculairement la barre sur le fond, le tonnelier perce trois ou quatre trous de chaque côté de cette pièce de bois dans les têtes de douelles. Il fixe dans ces orifices des chevilles, petites pièces de bois légèrement pointues qui maintiennent en place l’ensemble.
Quelquefois une des douves, plus large, dite "douve de bouche" ou "douelle de bonde", est percée en son milieu d’une ouverture circulaire, ou bonde, elle-même fermée par un bondon, morceau de bois court et cylindrique.
Les tonneaux sont toujours cerclés avec des cerceaux de bois, le fer n’apparaissant que postérieurement *2. D'après les sources écrites, ce bois proviendrait des pousses de châtaignier ou de coudrier pour la futaille ordinaire, du chêne, de l’orme ou du charme pour les grosses pièces, ou encore du noisetier, de l'érable, du frêne... À propos de cette dernière essence, l’agronome bolonais Crescenzi précise au début du XIVe siècle, qu’il « est très bon à faire cerceaulx à tonneaux et à tynnes et aultres vaisseaux ». En fait tout bois flexible convient et pour augmenter leur flexibilité on devait les faire tremper dans l'eau. Outre les cercles, des baguettes d'osier dont on conserve l'écorce sont également nécessaires à l'artisan pour les ligatures des cercles ou vimes.
L’emplacement et le nombre des cercles qui resserrent les douelles n'a rien de rigoureusement fixe. Il varie entre autres des usages locaux. En effet les fûts pouvaient posséder un "label d'origine" : ainsi au XVe siècle, les tonneaux de vin de Beaune devaient être reliés « à la manière et façon dudit Beaunois tant en cercles, barres que chevilles ». Mais le nombre de cercles dépend aussi de leur largeur et de leur résistance. Le plus souvent deux cercles accolés consolident à quatre endroits le tonneau ; cependant les variantes sont nombreuses. Par exemple certains tonneaux sont cerclés aux bords supérieur et inférieur et en leur milieu. À partir du XIVe siècle, d'après les illustrations, ce sont surtout les extrémités supérieure et inférieure qui sont renforcées par plusieurs cerceaux juxtaposés et le bouge n'est pas cerclé.

*1 "Les tonneliers vendent des tonneaux garnis seulement de leurs fonds et de quelques cercles. Quelques mois après que le tonneau soit rempli de liqueur, quand il est destiné à être transporté, le tonnelier vient le barrer, le sommager, et ôter le trop-fond, ou le rentaluer. Le terme barrer signifie ajouter, pour retenir chaque fond du tonneau, une traverse placée dans un sens opposé à la direction des planches du fond. On la nome barre. Elle est assujettie par le moyen de plusieurs chevilles." (Art du tonnelier. Par Auguste-Denis Fougeroux de Bondaroy, 1763).
De nos jours les pièces de fonds sont assemblées avec des goujons (en bois ou en métal) ou rainurées, il n'est donc plus nécessaire d'y ajouter cette barre. Cependant certaines barriques ont toujours traditionnelement les fonds barrés (dans le bordelais notamment).

*2 Techniquement parlant, le cerclage fer est possible à partir de l'âge du fer. Il est vrai que si l'on se réfère aux représentations iconographiques datant du moyen-âge, le cerclage bois est le plus répandu. Mais lors d'utilisations plus intensives comme les seaux de puits, on trouve des cerclages en fer. D'autre part, des seaux en bois cerclés de fer ont été retrouvés dans des sépultures mérovingiennes. Il y en a un particulièrement, à Envermeu, qui "exhalait une forte odeur de bière". Enfin, concernant les tonneaux, le registre des métiers établi par Étienne Boileau au XIIIème siècle donne un statut particulier aux barilliers de Paris, ces tonneliers qui se chargeaient particulièrement de cercler de fer les barriques destinées aux riches.



-- Aude ROSSOLINI --


Pour plus d'infos :

Art du tonnelier. Par M. Fougeroux de Bondaroy, 1763, Paris. (Lyon, Bibliothèque municipale de Lyon | Numelyo (30398)).
➜ Amélie Vallée, « La pratique funéraire du dépôt de seaux en bois à la période mérovingienne : un état de la question en Gaule du Nord-Ouest », Archéologie médiévale, 46 | 2016, 33-56.
➜ Jean Benoît Désiré Cochet, « Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes, faisant suite à "La Normandie Souterraine" », Paris, Derache, 1857.
Réglemens sur les arts et métiers de Paris rédigés, au XIIIe siècle, et connus sous le nom du Livre des métiers d'Etienne Boileau, barilliers de Paris page 102 et tonneliers page 104, 1837, Paris. (Lyon, Bibliothèque municipale de Lyon | Numelyo (160032)).

Image de couverture de l'article : Mois de septembre, Basilique de Saint-Denis, piédroit du portail sud de la façade occidentale, sculpté vers 1135, photo Perrine Mane.

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